• Avigdor Lieberman

    Avigdor Lieberman

     

     Depuis la seconde Intifada et son entrée au gouvernement d'Ariel Sharon, Avigdor Lieberman s'est fait un nom et une mauvaise réputation hors d'Israël pour ses propos belliqueux contre l'Égypte, le Liban et l'Iran. L'ancien Premier ministre Ehud Barak avait dit de lui : "C'est un homme très intelligent, très sophistiqué, mais sa vision du monde est très dangereuse." Cette figure de l'extrême droite mise sur la force pour régler tous les problèmes, jusque dans sa vie privée, contre des enfants. Tout en s'identifiant à Churchill, il a déclaré (Haaretz, 23 avril 2002) : "La partie la plus importante d'un leader, ce n'est pas sa tête, ni son cœur mais ses couilles." Pour lui, Yasser Arafat, assimilé à Ben Laden, et qualifié de "chien", mérite d'être tué. Alors, estime-t-il, les Palestiniens seront "forcés d'accepter" sa "Proposition d'indépendance palestinienne par les cantons".

      Selon Lieberman, les régions de Gaza, de Jéricho et de Cisjordanie (Judée-Samarie) deviendront trois cantons, sans continuité territoriale, dirigés par des "hommes puissants". Sorte de zones B actuelles, ils n'auront aucune compétence dans les relations extérieures et la surveillance des frontières. Jérusalem restera sous souveraineté israélienne. Aucun réfugié ne pourra retourner en Israël non plus, ni ne sera dédommagé. Le chapitre "échange de populations" suggère l'évacuation d'implantations isolées vers l'intérieur d'Israël et, en échange, des villages arabes israéliens vers les cantons.

      La force, un mot-clé pour ce ministre des Infrastructures qui a exhorté la police à l'utiliser contre les Arabes d'Israël qui manifestaient, en octobre 2001, contre l'expropriation de leurs terres sur lesquelles doit passer l'autoroute "Trans-Israël". Il s'oppose à des compensations territoriales. Cela lui a valu une plainte du Comité public pour "incitation contre les citoyens arabes". Il est d'ailleurs favorable au transfert des Arabes, une idée qui n'est pas antidémocratique, selon lui.

      Doté d'un remarquable instinct politique, c'est lui qui est à l'origine de la double ascension de Benyamin Netanyahou au sommet du Likoud et de l'État. Ce rôle d'éminence grise et son fort accent russe lui ont valu le surnom de "Raspoutine". (Depuis ses années universitaires, on le surnomme aussi "Yvet", sans raison apparente.) Ce proche de Netanyahou est craint par Ariel Sharon qui lui a offert un poste de ministre pour s'assurer de son soutien, et l'empêcher de convoquer des élections anticipées au profit de son rival.

      Personnalité colérique, violent, sans scrupules, il est animé d'une haine féroce à l'égard des élites d'Israël, de la police, du système judiciaire, de « l'oligarchie sociale ». Il a d'ailleurs fondé son propre parti après avoir été rejeté par l'appareil du Likoud. Ce populiste est en revanche apprécié de la rue russe pour sa réussite. L'homme, qui ambitionne de devenir un leader national, voit sa cote monter dans les sondages : son parti, allié à l'Union nationale, peut gagner 9 sièges, contre 7 aujourd'hui, aux prochaines élections parlementaires.