• Cérémonie en hommage à Ilan Halimi à la sinagogue de la Victoire: Alexandra raconte

    Cérémonie en hommage à Ilan Halimi à la sinagogue de la Victoire: Alexandra raconte

     

    J’arrive, il est 16h pile. 16h et non 18h, comme il est prévu, afin de  trouver une place assise. En effet, des milliers de personnes de la communauté juive et autres étaient attendus pour rendre hommage à un frère lâchement torturé et assassiné, Ilan(z’l).

    A 16h les journalistes étaient déjà présents (France info, Europe 1…). Ils nous posaient toutes sortes de questions. Apres tout qu’attendaient-ils de nous ? Que voulaient-ils que nous répondions à propos de cet acte atroce ? Qu’esperaient-ils comme réaction de notre part quant à la présence, en ce jour de deuil, du président de la République et de tous ces hommes « politiquement » présents ?

    Je vais vous citer quelques questions que m’a posé une journaliste de France info.

    « Pourquoi êtes-vous là ? »

    « La présence du Président est-elle importante pour vous ? »

     

    A ces questions que peut-on répondre ? A la première j’ai répondu que si je suis présente à cette cérémonie c’est simplement pour rendre hommage à Ilan, pour montrer à sa famille tout le soutient de la communauté juive. Bien sûr c’est aussi pour montrer que nous sommes là et que nous ne nous tairons point et que nous ne laisserons jamais une telle barbarie se reproduire. Seulement, le moment et le lieu n’étaient pas propices pour crier notre colère car ce jour était un jour de recueillement, un jour de prière pour l’élévation de son âme.

     

    A la seconde question j’ai répondu que bien évidement la présence du Président de la république est importante malgré quelques ressentiments envers lui, envers le gouvernement qui mettra plusieurs semaines avant de reconnaître ce crime comme étant antisémite. Sa présence est importante car cela donne une béquille sur laquelle la communauté juive de France peut s’appuyer et c’est aussi une marque de respect envers la famille d’Ilan. Cependant, leur présence est tout ce qu’il y a de plus normal car c’est non seulement un juif qu’on a tué mais aussi un citoyen français qui est mort parce que certains ont bafoué les couleurs de la démocratie, certains ont violé la déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

     

    Apres un « merci » de la part du journaliste je suis partie rejoindre les autres personnes présentes attendant dans le froid que les porte de la synagogue de la Victoire ouvre ses portes. Apres avoir discuté de tout et de rien avec quelques femmes nous avons rejoins la file d’attente qui ne cessait de se remplir au fur et à mesure des minutes. Dans la file revenaient les mêmes interrogations, les mêmes réactions : pourquoi ? Comment ?

    Dans la queue certains lisaient des Tehilims sous la pluie, d’autres répondaient aux questions des journalistes (toujours les mêmes), certains racontaient même que Ilan, au moment où il a été jeté sur la route, aurait sauvé une vielle dame  qui se faisait agressé. En effet, sa présence aurait fait fuir les agresseurs (Ce témoignage est apparu dans un journal, si quelqu’un l’aurait lu). Une chose est certaine, même si on ne pouvait lire  les pensées des uns et des autres,  on distinguait sur les visages une tristesse profonde et toutes les pensées allaient droit à la famille Halimi. Certains exprimaient leur désir de partir d’ici et de s’installer en israël. Le meurtre d’Ilan a précipité le désir d’un départ proche vers la Terre Sainte.

    Durant ces quelques heures d’attente, j’ai fait des rencontres qui faisaient chaud au cœur. Tout d’abord, j’ai rencontré un journaliste d’Europe 1  qui  nous avait exprimé sa révolte. Sa révolte face à ce crime, sa révolte face à la désinformation. En effet, il nous a confirmé que la radio pour laquelle il travaillait allait à l’encontre de sa façon de penser, de ses idéos et qu’il n’avait tout simplement pas le choix. Il nous a dit à quel point  il se sentait proche de la communauté juive.  Nous lui avons expliqué à quel point les médias, la France nous donnaient l’impression d’être parano aux yeux du monde parce que nous  affirmons que ce crime est antisémite, parce que nous dénonçons le gouvernement de trop de laxisme face à ce fléau. Pourtant toutes les preuves étaient là, les appels téléphoniques, l’objet de cet enlèvement... Ce journaliste lui nous croyait. La façon dont je le dis semble naïve de ma part mais c’était le premier journaliste que je rencontrais qui nous montrait autant de soutiens. Ce jour, il était venu non pas seulement en tant que journaliste mais en tant que citoyen français venu rendre hommage à un autre citoyen lâchement assassiné.

     

    La seconde rencontre était réconfortante. Une femme âgée, de religion chrétienne venu soutenir la famille Halimi. Cette femme a justifié sa présence par « Ilan était un citoyen français, nous le sommes tous. » Il n’y a rien d’extraordinaire à être là, a-t-elle répondu au journaliste d’Europe 1, c’est quelque chose de tout a fait normal (d’un air gêné). Puis elle a rajouté : « si demain cela arrivait à un musulman j’y serais ». Cette dame a fait un long trajet pour être présent avec nous à la synagogue de la Victoire. Ça avait l’air naturel pour elle d’être là avec la communauté juive, cela devrait être normal mais aujourd’hui nous vivons à une époque où cela n’est pas normal, où un soutiens extérieur à la communauté juive semble extraordinaire.

     

    Encore quelques longues minutes d’attente avant l’ouverture des portes. On entre par petit groupe, on passe des portes électriques de sécurités. On nous fouille. Je découvre l’endroit. Je monte les marches et m’installe au balcon du premier étage. J’observais, je voyais le monde arrivait dans le calme. Une demi-heure ont suivi avant l’arrivé de la famille Halimi suivi de nombreux ministres, ainsi que des responsables politiques et associatifs et des représentants des autres grandes religions, chrétienne et musulmane, le grand Rabbin de France Joseph Sitruk. Arrive en dernier « Mr » Jacques Chirac accompagné de sa femme Bernadette. Tout cela dans une foule comptant environ 1.500 personnes, selon des responsables de la synagogue. Le premier désaccord a eu lieu au sein de la synagogue. Certains ont applaudi à l’entré du Président de la République or ce n’était ni le lieu ni le moment. Comme si nous devions lui être reconnaissant de sa présence. Bref, à leur arrivé, le Président et sa femme se sont dirigé vers la maman d’Ilan entourée des sœurs, Yaël et Anne-Laure  et se sont entretenus avec elle. A ce moment présent,  je ne pouvais imaginé la douleur de la famille.

     Au centre, où se trouve le « shoulkhan » (la table) était disposé une grande photo d’Ilan. L’émotion montait.

    La cérémonie commençait par des psaumes récités en cœur par les enfants de la chorale de Montrouge. Les premières larmes coulaient. L’émotion était à son comble. Les gens autour de moi pleuraient, d’autres éclataient en sanglots. Des femmes distribuaient des mouchoirs. Le paquet parfois ne suffisait pas.

    Puis arrive les discours.

    (1)"La communauté juive est en deuil, la République est en deuil, la France est en deuil", a déclaré le président du Consistoire de Paris, Joël Mergui. Il a exprimé "un cri de douleur et de colère", évoquant la douleur d'Ilan durant son calvaire, tué "par des barbares dans la France de 2006", et exprimé sa colère "face à l'indifférence d'un voisinage qui a laissé faire par lâcheté et conviction". "Le recul du nombre d'actes antisémites est incontestable mais le massacre d'Ilan vient nous rappeler que leur gravité est encore très grande. (...) Au-delà de la colère, il y a de l'espoir parce que les plus hautes autorités de la République combattent sans relâche le cancer antisémite qui ronge notre pays", a-t-il ajouté.

    Joël Mergui a dénoncé "le silence atroce" d'un voisinage "passif et muet". Le Grand Rabbin de Paris David Messas a également fait état de la souffrance de la Communauté juive face à cette tragédie avant que le Président du Consistoire Central Jean Kahn précise que "Nous ne crions pas vengeance, nous demandons justice". Enfin, le Grand Rabbin de France Joseph Sitruk a déclaré dans un discours de force, de recueillement et d’émotion qu’il «y aura désormais un avant et un après Ilan». Des enfants ont alors apporté une bougie à Ruth Halimi, la mère d’Ilan, qu’elle a allumée en la mémoire de son fils. Après la récitation du Kaddich, Jacques Chirac embrasse Ruth Halimi et ses filles, et la cérémonie s’est achevée dans une émotion partagée par tous. Comme l’a conclu le Président du Consistoire de Paris, «nos coeurs sont meurtris à jamais».

     

    A la fin de la cérémonie, on pouvais constater que même si tout le monde n’avait pu pénétrer au sein de la synagogue, des milliers de personnes attendaient dehors dans le froid. L’émotion était trop forte, la cérémonie très difficile a supporter ou plutôt le fait de penser qu’un adolescent de 23 ans ait pu subir de tels atrocité pendant 23 jours et que personne n’ait rien vu, rien entendu et qu’à  présent il est trop tard. Ca c’est une chose difficile à supporter. La douleur sera toujours présente dans le cœur de chaque juif, preuve que nous ne formons qu’UN, que notre peuple est uni et soudé et que le peuple juif a survécu et survivra avec l’aide de D.. Le peuple juif ne forme qu’une seule et même âme, qu’une seule et même étincelle ; l’étincelle Divine.

     

     

    Que D. aide la famille Halimi a surmonter cette épreuve. Reposes en paix petit ange.

     

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  • Commentaires

    1
    visiteur_kell
    Vendredi 17 Avril 2009 à 17:39
    Pauvre Ilan je pleure encore Ilan.
    2
    arkan
    Vendredi 4 Décembre 2009 à 15:22
    Chrétienne et maman d'un garçon de l'âge d'Ilan, je suis bouleversée. Depuis bientôt quatre ans, mon coeur se serre en pensant au martyre d'Ilan. Lorsque j'ai lu le livre de sa maman "24 jours" les larmes et la tristesse m'empêchaient de continuer... Je penserai toujours à Ilan dont le visage est empreint de beauté et de bonté.
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