• Extraits du procès-verbal de l'un des geôliers d'Ilan Halimi

    Extraits du procès-verbal de l'un des geôliers d'Ilan Halimi

     

    Extraits du procès-verbal (PV) de l'interrogatoire de Samir Ait Abdelmalek, l'un des geôliers d'Ilan Halimi, à la Brigade criminelle de Paris, le 18 février 2006

     

     

    "[Youssouf Fofana] est venu me trouver pour me demander si je pouvais avoir une clé d'appartement dans la cité. J'ai tout de suite pensé qu'il s'agissait d'un plan louche mais je n'ai jamais imaginé le pire, comme un enlèvement, surtout qu'il m'a précisé qu'il en avait besoin que pour trois jours et que le gardien et moi toucherions un gros billet. A aucun moment il ne m'a donné d'indication sur ce qu'il allait faire dans ce logement. Pour moi c'était de l'argent rapide en trois jours, donc je ne me suis pas trop posé de questions sur ce qu'il allait faire de ce local. Il n'avait pas précisé non plus la somme que je toucherais, mais je m'attendais à deux ou trois mille euros pour trois jours. En plus je me voyais mal lui refuser sans me faire casser la gueule dans la semaine qui suivait. (...) Donc je suis allé voir le gardien, je lui ai dit que c'était pour un pote à moi et qu'il y aurait de l'argent aussi pour lui. Il a accepté mais il m'a dit qu'il ne serait pas disponible avant l'état des lieux. Je peux donc dire que j'ai eu les clés le jeudi 19 janvier vers 17 heures. Youssouf est passé et je lui ai remis les clés. L'appartement se trouvait 1, rue Prokofiev, 3e étage, en sortant de l'ascenceur à gauche, porte droite. (...) Le samedi 21 janvier Youssouf est venu me voir au même endroit sur le terrain de boules, et il m'a déclaré "les locaux sont occupés, c'est bon, y a quelqu'un là haut !". Là j'ai compris qu'il avait "soulevé" quelqu'un. Il a précisé que cela n'allait durer que trois jours, qu'il avait demandé une rançon, que c'était un juif parce qu'ils ont plein d'argent, qu'ils sont bourrés de tunes. Dans ces propos il m'a semblé que c'était plus pour l'argent que parce que c'était un juif. Cela dit je ne suis pas dans sa tête. (...) Au bout de trois jours je ne vois rien venir de nouveau, je panique, et je vais voir le gardien et je lui explique tout. Il comprend que comme moi nous sommes en galère et qu'on s'est fait dépasser par des choses qu'on ne voulait pas. Ils nous était impossible de faire marche arrière, car même si on avait voulu le libérer, Ilan était toujours entouré de gardiens, dans le quartier nous n'aurions plus eu de vie normale et en cas d'arrestation ils nous auraient balancé. (...) On nous avait juste demandé une clé rien de plus, et voilà on se retrouvait complice d'un enlèvement sans le vouloir avec la crainte de se faire massacrer ou arrêter si on parlait, on n'avait pas d'autre alternative. J'ai juste essayé de convaincre Youssouf d'arrêter et de le libérer, mais il n'a rien voulu entendre car il m'a dit qu'il avait trop de monde à payer pour cette histoire, en précisant ceux qui avaient participé à l'enlèvement et ceux qui étaient chargés de garder Ilan. (...) On m'a demandé un cutter pour prendre une photo d'Ilan. J'ai pris peur et pourtant bien que je ne veuille pas m'en occuper, je me suis dit : "que vont-ils lui faire ?". De fait j'ai pris l'appareil photo, un cutter, et je suis allé à la cave. Je me sentais pitoyable mais je pensais encore pouvoir atténuer les sévices du garçon. (...) Il était enroulé dans deux couettes blanches sans housse. Son visage était toujours scotché à l'exception d'une partie en dessous du nez et des oreilles qui était visible. (...) Je n'ai pas parlé avec lui, mais il avait l'air épuisé et au bout du rouleau. Youssouf n'était pas revenu et nous laissait sans nouvelles mais personne n'osait le libérer par crainte de Youssouf. Peut-être pour certains il y avait encore un espoir d'argent mais pour moi je savais que tout était cuit et qu'on ne toucherait pas d'argent. Le plus simple était de le libérer, il avait toujours eu les yeux bandés quand je l'ai vu alors il n'y avait pas beaucoup de risques qu'il reconnaisse quelqu'un. (...) J'ai sorti la lame du cutter et après qu'il a mangé et bu j'ai cherché un endroit où lui mettre un coup de cutter pour que ça saigne sans lui faire trop mal. Je ne voulais pas toucher à l'adhésif. Sans prévenir Ilan pour qu'il ne stresse pas je lui ai mis un coup de cutter sur cinq ou six centimètres sur la joue gauche. Malgré le sparadrap cela a saigné vite dans sa barbe qui n'avait pas été rasée. Ilan a eu un mouvement de recul mais n'a pas crié. J'ai pris la photo vite et j'ai dit au deux autres de désinfecter la plaie. J'ai aussi laissé l'appareil sur place pour qu'ils envoient eux-même la photo. (...) Comme je ne voulais plus participer à rien - je trouvais déjà que j'en avais trop fait - alors je leur ai dis "voilà l'appareil, débrouillez-vous pour envoyer la photo". (...) Youssouf m'a raconté toute l'histoire de sa soi-disant libération. Il a d'abord volé une voiture sans me dire où il l'avait prise, puis il a déposé cette voiture dans le 78, avec Ilan à son bord. Puis il m'a dit qu'il est parti, puis qu'il est revenu là où il avait déposé Ilan. A ce moment Ilan avait réussi à relever son bandage sur les yeux. Il avait donc vu Ilan le regarder droit dans les yeux et du coup Youssouf avec un couteau lui a mis un coup dans la gorge vers la carotide puis un coup de l'autre côté de la gorge. Ensuite il a essayé de lui couper le bas de la nuque. Puis il lui a mis un coup de couteau dans le flanc. Il avait sûrement dû revenir avec un bidon d'essence car il m'a dit qu'il avait utilisé un bidon pour asperger Ilan avec ce combustible et l'a incendié sur place. A ce moment il m'a dit "cela a fait une grande flamme et je suis parti". Selon lui il était seul pour faire tout cela.


  • Commentaires

    1
    visiteur_Karinice
    Jeudi 11 Janvier 2007 à 18:44
    Tant d'horreur... C'est inimaginable... Je n'arrive pas à me remettre de cette histoire, et le temps n'attenue pas ma douleur... A la lecture de ces mots, je n'ai qu'une envie, pleurer... Pleurer et vomir...
    Ilan... Que ton âme repose en paix... Les coups de cutter que tu as reçu, nous les avons reçu en plein dans le coeur... Et de lire ces phrases en rajoute un de plus... Que dire de plus face à toute cette horreur, face à cette barbarie ? Aucun mot n'attuera nos peines, aucun mot ne décrira ce que tu as vécu... Toute ma vie cette histoire resonnera en moi et me fera pleurer toutes ces larmes qui pourtant, ne te feront jamais revenir.... Que D... ait ton âme...
    2
    visiteur_johan
    Mardi 31 Juillet 2007 à 00:11
    Ilan fut un ami pour moi , mais jusqu'a présent j ' ai du mal a avaler tout ca, tout cet enfer qu' on lui a fait subir .
    C'est extrement difficile de lire cette extrait du proces verbal , je lis quelque chose mais j'arrive pas a croire qu ils y aient des gens capable de ca, A paris , en 2006!!! ou sommes nous.... ??
    Je suis triste au plus profond de mon coeur, ilan était un garcon formidable, un battant. je lui voyais un bel avenir, il avait toutes les qualites pour former une belle et grande famille...
    Je pense a lui tous les jours depuis qu il nous a quitté, . C est impossible d'oublier qui il etait , et par ou il est passé.
    j'espere que tu es maintenant en Paix mon ami, j'en suis sure
    Tu me manques ilan ,repose en Paix.
    Amen.
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