• Freud et le sionisme

    Freud contre l'"espérance injustifiée" du sionisme

     

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    LE MONDE | 04.07.03 | 14h35 <o:p></o:p>

    Le "Corriere della Sera" a retrouvé une lettre du fondateur de la psychanalyse critiquant "le fanatisme irréaliste de -notre- peuple". Freud ajoute que "la Palestine ne pourra jamais devenir un Etat juif".

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    Tenue au secret à Jérusalem pendant plus de soixante-dix ans par un collectionneur d'autographes, une lettre de Sigmund Freud vient d'être publiée par le quotidien italien Il Corriere della Sera. L'auteur de l'article, Paolo Di Stefano, a puisé le précieux document dans une revue de l'université de Sienne. <script language=JavaScript> OAS_AD('Middle'); </script> <o:p></o:p>

    Il doit cette découverte à Michele Ranchetti, historien de la psychanalyse et de l'Eglise. Elle risque de jeter le trouble dans des milieux juifs qui se croyaient autorisés à associer le fondateur de la psychanalyse au combat pour la création et la défense d'Israël. <o:p></o:p>

    En février 1930, Freud, âgé de 74 ans et en pleine gloire, reçoit un appel de l'association sioniste de Jérusalem Keren Hajessod, qui lui demande de protester contre les entraves par les Arabes de Palestine à l'exercice du culte juif dans la Ville sainte et à l'accès au mur du Temple. Il refuse de signer cet appel, aussi adressé à d'autres intellectuels juifs européens. Dans sa réponse en date du 26 juin, il exprime sa sympathie pour ceux qui le sollicitent, mais prend ses distances de manière désabusée: "Je ne pense pas que la Palestine pourra jamais devenir un Etat juif et que les mondes chrétien et islamique seront jamais disposés à voir leurs lieux sacrés sous le contrôle juif. J'aurais trouvé plus sensé de fonder une patrie juive sur une terre moins grevée d'histoire. Mais je reconnais qu'un point de vue aussi rationnel aurait peu de chances d'obtenir l'enthousiasme des gens et le soutien financier des riches."<o:p></o:p>

    Il ne prend pas parti pour la cause arabe mais pense que la "défiance" palestinienne est due "en partie au fanatisme irréaliste de -notre- peuple". Et il conclut : "Jugez vous-même si, avec une telle attitude critique, je suis la personne propre à conforter un peuple pris dans l'illusion d'une espérance injustifiée."<o:p></o:p>

    Le Corriere raconte que cette lettre fut jugée "peu opportune " par ses destinataires, et donc condamnée à rester inédite. Elle a été transmise par l'un d'eux, Chiam Koffler, à Abraham Schwadron, collectionneur d'autographes de Jérusalem, en échange de la promesse qu'"aucun œil humain ne puisse jamais la voir". C'est cette lettre qui est publiée à l'occasion de la sortie d'un ouvrage de Michele Ranchetti intitulé La Terre promise. Pour l'historien, repris par le Corriere, ce texte reste "embarrassant" parce qu'il n'est récupérable par aucune des deux parties, israélienne et palestinienne.<o:p></o:p>

    Si Freud est rarement intervenu sur le conflit historique et n'a jamais fait preuve de sentiment sioniste - cette lettre en est la confirmation -, il n'a jamais fait mystère de son attachement à ses racines juives et à son peuple. En 1925, il se déclarait "loin de la religion juive, comme de toute religion", mais ajoutait peu après : "Ce qui me lie au judaïsme, ce n'est pas la foi, ni l'orgueil national, même quand j'en sens l'inclination, mais tant d'autres choses qui rendent irrésistible l'attrait pour le judaïsme et les juifs." Il s'est toujours défendu d'identifier la psychanalyse à une quelconque science juive.

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    QUELLE "TERRE PROMISE"?<o:p></o:p>

    Compatriotes de l'empire austro-hongrois, Freud (1856-1939) et Theodor Herzl (1860-1904), fondateur du sionisme, ne se sont jamais rencontrés, même s'ils ont habité pendant quelques années dans la même rue de Vienne, la fameuse Bergstrasse. Ranchetti fait pourtant un parallèle entre la publication par Herzl, en 1896, du manifeste sioniste L'Etat des juifs et, trois ans plus tard, celle par Freud de L'Interprétation des rêves, acte de naissance de la psychanalyse.<o:p></o:p>

    Dans l'un et l'autre cas, c'est la même recherche, écrit-il, d'une "terre promise ". Mais, pour Herzl, la terre promise est une patrie. Pour Freud, c'est la "conscience humaine ". Pour le premier, elle est un lieu "où le partage des idéaux et des traditions peut librement s'exprimer dans le cadre d'un Etat".<o:p></o:p>

    Pour l'autre, la "diaspora" englobe, en fait, tous les hommes, et la solution territoriale de Herzl lui paraît trop réductrice. Les notions de territoire, de langue, de peuple, de religion ressemblent aux "nouvelles ruines du temple".<o:p></o:p>

    Freud publie en 1939 sa grande œuvre, Moïse et le monothéisme. Certains y verront une attaque des racines juives elles-mêmes, d'autres l'histoire psychanalytique d'un peuple et d'une religion.<o:p></o:p>

    Henri Tincq<o:p></o:p>

    www.corriere.it <o:p></o:p>

    • ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 05.07.03<o:p></o:p>