• Le sionisme et le premier Congrès de Bâle

    Le sionisme et le premier Congrès de Bâle

    Le sionisme est un mouvement nationaliste moderne qui s'inscrit dans la continuité d'une idéologie née sur les ruines de l'indépendance de l'État d'Israël au premier siècle après J.C. Et ce nationalisme avait déjà émergé au 6eme siècle avant J.C., lors de la chute du premier royaume d'Israël et l'exil en Babylonie qui s'en était suivi.

    Au cours des siècles, et selon les époques et les lieux, le sionisme a pris différentes formes, avec cependant un dénominateur commun immuable : celui d'une aspiration à une renaissance nationale en Eretz Israël , la terre d'Israël, appelée aussi « Sion ». C'est cet attachement profond et mythique qui fait la différence entre un simple groupe religieux et un groupe possédant une identité nationale propre.

    A l'époque moderne, la propagation des idées du Siècle des Lumières, la Révolution française et ses idéaux sur l'égalité de l'homme et les libertés individuelles font naître l'espoir pour les Juifs de voir la fin des discriminations et des persécutions qui les ont marqués lors des siècles passés.

    Le propre du mouvement des Lumières juives (la « Haskala »), né dans la foulée de l'Europe des lumières, est qu'il s'accompagne d'une demande d'intégration sociale et culturelle des Juifs dans leur environnement.

    Le 19ème siècle voit évoluer les idées sur les nationalités. Les répercussions de ce mouvement provoquera d'immenses changements dans la vie des nations en Europe centrale et orientale. Cela implique aussi une grande évolution dans la vie des communautés juives qui sont à cette époque plus assimilées, s'intègrent davantage dans la vie économique et culturelle. Le sont-elles aussi dans la vie sociale et nationale ?
    Dans les pays d'Europe occidentale, comme la France ou l'Angleterre, la vie nationale est relativement simple parce que ces nations sont cohérentes : elle l'est aussi pour les juifs. En revanche, en Europe orientale où vivent à ce moment la majorité des Juifs non émancipés avec des dizaines de nationalités, la situation est autrement plus compliquée.

    La deuxième moitié du 19ème siècle est caractérisée par un renforcement de l'antisémitisme. À caractère religieux aux siècles précédents, il est surtout maintenant à caractère social et national.

    C'est dans cet environnement d'émancipation et de libéralisme que naît le mouvement du sionisme politique, qui cherche à définir une solution nationale au problème du peuple juif.

    Avant même qu'apparaisse un mouvement sioniste idéologiquement structuré, des idéologues religieux tel le Rabbin Alkalay en 1845 ou le Rabbin Kalisher en 1862 développent la pensée qu'il faut abandonner l'attente passive, basée sur l'idée d'une rédemption messianique, et organiser une action active de retour en Eretz Israël.

    D'autres courants, comme celui de Moshe Hess auteur de « Rome et Jérusalem » (1862), s'inspirent du mouvement national italien et de Giuseppe Mazzini pour prôner la création d'un foyer national juif en Eretz Israël. Léo Pinsker dans son livre « Auto Émancipation » (1882) appelle à une solution active d'autodétermination et à ne pas se contenter d'une émancipation passive accordée par les autres.

    Autour de 1880, plusieurs groupes s'organisent en Russie et en Roumanie pour partir s'installer en Eretz Israël. Ce mouvement s'accélère après les pogroms en Russie en 1881.

    En 1884, une première réunion a lieu à Katovitz en Haute Silésie, créant ainsi une ébauche d'organisation sioniste avant la lettre ( Les Amants de Sion).

    Théodore Herzl, journaliste viennois, est alors envoyé spécial à Paris du grand quotidien « Neue Freie Presse ». Il couvre le procès d'Alfred Dreyfus, un capitaine de l'armée française accusé de haute trahison, et il est bouleversé par les manifestations antisémites dans un pays qui a donné à l'Europe les idéaux de la grande révolution.
    Herzl, un juif assimilé, loin de la tradition religieuse et culturelle juive, arrive à la conclusion que la seule solution est la création d'un Etat juif indépendant. En février 1896 il publie à Vienne son livre « L'Etat Juif » dans lequel il développe ses idées.
    Il se lance dans une grande activité diplomatique estimant qu'il lui faut un appui international, et d'abord de l'Empire ottoman, dont la Palestine fait partie.

    Il organise le premier Congrès Sioniste qui se réunit du 29 au 31 août 1897 à Bâle en Suisse. Le congrès adopte le « Programme de Bale », base de lancement du mouvement sioniste mondial et qui stipule : « Le sionisme s'efforce d'obtenir pour le peuple juif en Palestine, un foyer reconnu publiquement et garanti juridiquement ».

    L'action diplomatique de Herzl a suscité une opposition au sein des éléments jeunes et actifs du mouvement qui auraient préféré s'appuyer sur les forces vives du judaïsme plutôt que sur les grandes puissances de l'époque.

    En avril 1903, un terrible pogrom éclate à Kichinev en Russie. Ce pogrom a été suivi d'autres actes de violences et d'autres attaques contre des communautés juives. Des milliers de réfugiés cherchent alors asile dans les pays d'Europe et en Amérique.

    Cette année-là, le gouvernement britannique avance l'idée d'un projet d'émigration des juifs en Ouganda en Afrique Orientale. Ce projet est d'abord repoussé par Herzl, mais il est tellement bouleversé par la situation en Russie qu'il accepte de soumettre la proposition devant le 6eme congrès sioniste réuni à Bâle en août 1903.
    En présentant le projet Herzl met l'accent sur la nécessité de trouver une solution urgente, même provisoire, au problème des réfugiés, étant entendu que le but définitif du sionisme reste la création d'un foyer national juif en Palestine.

    La proposition provoque un débat houleux au congrès, qui accepte finalement d'envoyer une délégation en Ouganda pour examiner cette proposition sur place.

    Mais l'opposition à Herzl n'a pas désarmé. Entre temps, le gouvernement britannique a retiré son projet et en 1904, Herzl lui-même confirme sa fidélité au projet de la création d'un foyer national en Palestine, exclusivement.

    Avec le programme du premier congrès de Bâle pour base, le mouvement sioniste crée très rapidement les instruments organisationnels, financiers et économiques (Keren Kayemet le Israël, Keren Hayesod etc…) afin d'assurer la mise en œuvre du sionisme.