• "Les alliés d'Israël ne doivent pas lui demander de subir des attentats sans répliquer"

    Les alliés d'Israël ne doivent pas lui demander de subir des attentats sans répliquer.
    Editorial du Wall Street Journal, 10 août 2001

     

    Nous reviendrons sur le dernier massacre palestinien de civils israéliens, mais avant tout, une leçon d'ordre historique. Une des plus mémorable anecdotes racontées par Ariel Sharon est celle de la visite qu'il entreprit à Washington, en 1982, à la veille de l'invasion israélienne du Liban. Alors ministre de la défense, M. Sharon rencontra le Secrétaire d'État Américain, le général Alexander Haig, ainsi que son délégué pour le Moyen-Orient, l'ambassadeur Habib. Il les alerta qu'il avait l'intention de répondre à la terreur lancée depuis le Liban. Ainsi aue M. Sharon le relate dans ses mémoires "Guerrier", le Département d'État protesta, avertissant qu'il devait y avoir une "provocation internationalement reconnue."

    "Combien de Juifs doivent être tués pour que cela constitue une provocation claire?" demanda M. Sharon. "Un Juif ? Deux Juifs ? Cinq ? Six ?"

    M. Haig transmis néanmoins son objection dans des termes francs. Quand M. Sharon rentra en Israël, M. Haig s'adressa à son supérieur directement, en envoyant une lettre au premier ministre Menachem Begin pressant Israël d'adopter "une attitude de retenue totale". Begin renvoya une réponse à garder en mémoire:

    "M. le Secrétaire," écrivit-il, "l'homme qui obtiendra de moi que je consente à laisser des Juifs se faire tuer par un ennemi sanguinaire n'est pas né."

    On peut imaginer que l'exemple de Menachem Begin était très présent dans l'esprit de M. Sharon lorsqu'il s'est réuni avec son cabinet intérieur à la suite de l'attentat d'hier commis par un terroriste arabe palestinien. Comme la plupart des attaques palestiniennes, cette dernière visait précisément des civils. L'attentat frappa un restaurant de pizza rempli de familles. Ce n'était pas un quartier général militaire, ni une entité terroriste. Les morts, aux nombre de 15, comportaient six bébés. Ils n'étaient pas des dommages collatéraux. Ils étaient les cibles choisies par les Palestinien.

    La première réaction de la Maison Blanche de Bush à cet attentat fut d'appeler à la fin "du cycle de la violence," expression devenue une formulation standard de la gauche en ce qui concerne le Moyen-Orient. Tard dans l'après-midi, dans le Texas, M. Bush révisa cette position pour mettre, au moins, la responsabilité sur Yasser Arafat. Ceci ayant été dit, "un haut fonctionnaire" du Département d'État insista immédiatement dans les dépêches d'agences sur le fait que les Israéliens "devaient éviter de réagir de manière à augmenter le cycle de la violence." De Al Haig à aujourd'hui, il y a peu de changement.

    Il y a quelques semaines, M. Bush envoyait dans la région le patron de la CIA, George Tenet, afin d'arracher un cessez-le-feu. Cela comprenait un engagement de la part de Yasser Arafat d'arrêter quelques 100 agents identifiés du Jihad Islamique et du Hamas. Arafat manqua complètement de mettre à exécution cet engagement. Le résultat, on l'a vu hier. Dans sa déclaration, M. Bush en appela Arafat à se conformer au plan Tenet. Mais c'est un peu tard maintenant.

    Ces dernières semaines, M. Bush a été assailli par les colombes, dont l'argument peut être résumé ainsi: le processus de paix a échoué. Nous nous trompions. Donc, ce que vous devez faire maintenant c'est de reprendre ce processus de paix. A quoi nous dirons que si le moindre code de l'honneur existait en diplomatie et en journalisme, les Martin Indyk et Thomas Friedman dans le monde auraient depuis longtemps démissionné et pris leur retraite sur les terrains de golf. Leur logique est suicidaire pour Israël.

    Israël ne devrait plus se voir demander de rester sans rien faire, encore moins de la part de son plus constant allié. Ce que M. Bush et l'Administration doivent dire, et le Congrès les suivra, c'est qu'aucune nation ne peut rester sans rien faire quand de tels actes de barbarie sont lancés contre sa population civile semaine après semaine.

    Personne ne s'oppose à la paix entre le peuple arabe palestinien et les Israéliens dans le Moyen-Orient. Les Israéliens veulent la paix autant que n'importe qui. La population palestinienne est aussi pleine de personnes décentes et éduquées qui aspirent à la paix. Les Palestiniens ne sont pas représentés par Yasser Arafat et les autres chefs terroristes qui prétendent agir en leur nom mais qui règnent par la terreur interne contre les Palestiniens. Ces tyrans doivent être chassés.

    Ce que M. Bush et l'administration peuvent faire, c'est aider Israël, avec tous les moyens humains et techniques possibles, en visant ceux qui envisagent de commettre d'autre attentats contre des civils. Ce ne sont pas des "assassinats". Ce sont les engagements réguliers d'une guerre déjà bien entamée et dans laquelle il y a un bon et un mauvais côté. Le vice-président Cheney a bien compris cela. Le sénateur Biden a bien compris cela. La majorité des Américains située entre ces deux pôles politiques comprennent cela. Tout comme Menachem Begin l'avait instinctivement compris, ni le Premier Ministre Sharon ni le Président Bush ne doivent hésiter.

    © Wall Street Journal, 2001.
    traduit de l'anglais spécialement pour Reponses-Israel par Manuel Bekhor.