• Mahmoud Abbas lance un ultimatum

    Mahmoud Abbas lance un ultimatum

    Le Président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas a adressé hier un ultimatum au Hamas, déclarant que si, dans les dix jours à venir, l'organisation n'acceptait pas le « document de concorde nationale », il organiserait un référendum à ce sujet sous quarante jours.
    Ce document, écrit le quotidien Haaretz, appelé également « le document des prisonniers », a été rédigé par des prisonniers palestiniens incarcérés en Israël parmi lesquels le chef du Tanzim du Fatah, Marwan Barghouti, un haut responsable du Hamas, le cheikh Abd el-Halek a-Natsheh, ainsi que des détenus appartenant au Front populaire, au Front démocratique et au Jihad islamique. Ce document définit un programme politique conjoint à toutes les organisations. Ces grandes lignes sont : la création d'un Etat palestinien dans les frontières de 1967 avec Jérusalem pour capitale, le droit au retour des réfugiés, le droit pour le Président de l'OLP d'entamer des négociations avec Israël, ainsi qu'une série d'ententes sur des sujets internes telles que la formation d'un gouvernement d'union nationale, la réforme des services de sécurité palestiniens et l'entrée du Hamas et du Jihad islamique à l'OLP d'ici la fin de l'année.

    « Ce sont des principes sur lesquels nous aurions dû être d'accord depuis longtemps », a déclaré Mahmoud Abbas, « car la cause palestinienne est en danger. Si nous ne prenons pas notre destin en main, d'autres le feront à notre place ».

    Pour le Haaretz, Mahmoud Abbas prend ici un risque calculé. En effet, s'il prononce des propos aussi fermes c'est probablement parce qu'il est convaincu que le Hamas va plier et accepter le « document de concorde nationale ». Il pense aussi qu'une large majorité des Palestiniens votera « oui » à un référendum sur ce document car une grande partie du soutien de la population au Hamas n'est pas le résultat d'un soutien aux positions politiques de l'organisation ou à son idéologie islamiste. Ce qui a séduit les Palestiniens chez le Hamas, ce sont surtout ses promesses de combattre la corruption qui sévissait lorsque le Fatah était aux affaires. Les dirigeants du Hamas sont d'ailleurs conscients de cela et c'est pourquoi Mahmoud a-Zahar, le ministre palestinien des Affaires étrangères, considéré comme un partisan de la ligne dure, a déclaré avant-hier : « Nous ne voulons pas nous écarter du plan de la ligue arabe. Nous ferons connaître très prochainement notre position à ce sujet ».

    Mahmoud Abbas, écrit le commentateur du Yediot Aharonot espère que son initiative et la pression de la rue feront plier le Hamas sans avoir recours à un référendum. Car, si le Hamas persiste dans son refus, il est peu probable qu'un référendum puisse être organisé alors que l'anarchie règne dans les Territoires palestiniens.

    Selon le Maariv, Mahmoud Abbas estime qu'il ne peut pas chasser le Hamas du pouvoir ou le contourner. Il essaye donc de créer une lutte interne au sein du Hamas afin d'y renforcer les éléments modérés avec qui il pourra former une coalition et écarter ainsi les responsables les plus extrémistes que soutient la direction du Hamas à l'étranger.
    Le Président palestinien espère que les Etats-Unis et Israël soutiendront sa démarche ou tout au moins déclareront que le « document de concorde nationale » peut servir de cadre à la position palestinienne pour la reprise des négociations avec Israël.

    Toutefois selon de hauts responsables israéliens cités par le Yediot Aharonot, ce « document de concorde nationale » ne constitue pas une base pour la reprise des négociations avec les Palestiniens car il prône le droit au retour des réfugiés. Toutefois, ont noté les responsables israéliens, « le fait même que Mahmoud Abbas indique pour la première fois son intention de se confronter au Hamas est en soit un développement positif. Abou Mazen a toutes compétences pour organiser un référendum et dissoudre le parlement. Il sera jugé sur les résultats », ont-ils ajouté.