• Symboles bibliques de l'Etat d'Israël

    LES SYMBOLES DANS LA BIBLE

    SYMBOLES DE L’ETAT D’ISRAËL
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    Fêter cinquante ans d’existence est déjà un symbole important dans la tradition juive puisqu’il s’agit du jubilé ou " yovel ". Au bout du cycle de quarante-neuf ans,  dans la joie et au son du shofar (corne de bélier), on libérait les hommes et les terres. Sept fois sept est le signe de l’accomplissement total et de la miséricorde. Cinquante est le début d’une ère nouvelle ou d’un nouveau souffle, comme si on recréait le monde. Dans la qabalah, noun qui vaut 50 représente le nombre des portes d'entrée vers la Connaissance, à partir du discernement Binah.

    Le mot 'yovel" a fini aussi par désigner l'instrument par lequel on annonçait le nouveau cycle, la corne de bélier ou le shofar. Celui-ci est l'image de la transmission d'une vibration et le retour de la lumière à la fin de la nuit.

    L'année 1998, ou plutôt 5758, Israël a fêté un demi-siècle d’histoire à la fois tourmentée et miraculeuse. Sur le plan symbolique 58 (n/h') est l’année de l’apaisement et du repos, pour que le pays reprenne son souffle. De même, 59 ou n/th suggère un changement de direction, 60 ou sh/s suggère la transmission de quelque chose d'accompli, d'un support….

    Les symboles les plus habituels de tout Etat sont liés à son hymne, à son drapeau et à ses emblèmes. Mais le nom du pays peut avoir une signification symbolique, comme ici le nom Israël.

    Malgré les nombreuses difficultés apparemment insurmontables que l’Etat rencontre, l’espoir demeure et il est chanté dans l’hymne national, " hatiqwah ". Ce mot est le symbole de la recherche d’une source d’eau vivante, image de la Torah qui apparaît soudain pour sauver le peuple de la soif et de la sécheresse du désert, c'est à dire de l'ignorance et de l'idolâtrie.

    Cet hymne fut composé pour la première fois par Naphtali Herz Imber en 1878 à Jassy en Moldavie, sur un air folklorique moldave, inspiré semble-t-il par la nouvelle de la fondation de la cité de Petah' Tiqwah en Palestine. Remanié à plusieurs reprises, l'hymne n'a pris sa forme définitive qu'à la création de l'Etat d'Israël en 1948, bien qu'il fut entonné à tous les congrès sionistes et qu'il fut officiellement accepté lors du 18ème congrès de Prague en 1933, en même temps que le drapeau. Cet hymne suggère une volonté affirmée, mêlée à de la tendresse.

    Le drapeau frappé de l’étoile de David (ou sceau de Salomon) avec ses rayures bleu sur fond blanc est aussi le résultat de choix faits il y a plus d’un siècle. Herzl rêvait d’un drapeau blanc rappelant la pureté du projet sioniste avec sept étoiles dorées, le chiffre sept étant en relation avec le projet visionnaire d’un nombre d’heures travaillées par jour, souhaité pour Erets Yitsrael ! Le groupe sioniste H’ibat Tsion a réussi à imposer le Magen David, la couleur bleue sur fond blanc provenant d’un poème de 1860 (Frankl) où le blanc est comparé à la radiance de la foi et le bleu à la profondeur du firmament. Le drapeau dans sa forme actuelle a été hissé pour la première fois à Rishon Létsion en 1885, les auteurs s’inspirant d’un " tallit ", le châle de prière.

    L’hexagramme est un symbole universel provenant des profondeurs du temps. Il pourrait représenter aussi bien l’antagonisme feu-eau qu'une alliance entre le Haut et le Bas. Il pourrait représenter aussi la plénitude du chiffre sept, six sommets à l’image des six jours de la création, s'ajoutant au centre qui est l’image du repos du shabat. La Bible fait allusion à une étoile dessinée sur les boucliers des soldats de David, peut-être comme moyen de reconnaissance. Pendant longtemps dans le judaïsme, l'hexagramme est resté discret, car il était considéré comme un dessin magique protecteur, porté sur des amulettes. Ce n’est qu’au 16ème siècle, après l’expulsion d’Espagne et sa diffusion de l’imprimerie, que ce signe commença à désigner le judaïsme, au même titre que la croix désigne le christianisme.

    La couleur bleue, appelée " tekhelet " en hébreu, suggère une certaine perfection ainsi que la profondeur des confins de l’univers. Dans l’association bleu-blanc, le bleu fait ressortir la blancheur du blanc qui représente à la fois une confusion des couleurs et, de ce fait, une certaine vacuité devant être remplie par la sainteté.

    Lors de sa création en 1948, l’Etat d’Israël devait choisir de plus un nom et un emblème.

    Pour le nom, il y eut un vote des membres de l'Assemblée constituante qui devaient décider entre divers noms proposés, tels que Judée, Sion, nouvelle Judée, nouvelle Palestine, Israël…Palestine rappelait trop les Philistins. Quoique hébraïque, Sion était un nom poétique ou métaphorique représentant un idéal plutôt qu'une entité politique; c'est en fait l'image du retour de la colombe à son colombier, Jérusalem!

    Le choix du nom "Israël" n'était pas évident. En effet, si on devait se rattacher à l’histoire, il fallait choisir le nom de "Judée". Rappelons que pendant quelques siècles, il y eut deux royaumes en terre sainte, Israël et Juda. Israël disparut avec les dix tribus du nord et se dispersa parmi les nations, en perdant sa spécificité hébraïque. Seul survécut le royaume de Juda, englobant les tribus de Juda et de Benjamin, avec une partie des tribus de Lévi et de Shiméo'n, ancêtres du judaïsme actuel. En toute logique, l’Etat juif aurait dû se dénommer Judée ou Yéhoudah, fils aîné de Jacob-Yitsrael.

    Les deux noms Juda et Israël ont en fait des connotations différentes.

    Bien qu’ayant été dispersé à deux reprises après les destructions successives des deux Temples de Jérusalem (celui de Salomon et celui d’Hérode), Juda représente le peuple hébreu transformé en nation autonome avec des lois et des règles ayant duré plus de dix siècles. Sur le plan symbolique, Juda/Yéhoudah est la réverbération du divin sur terre (hod yah).

    Bien qu’éphémère en tant que nation, le territoire et le peuple "Israël" portent le nom du patriarche Jacob, père de Juda. Jacob-Israël a toujours lutté, d’abord pour épouser la femme qu’il aimait, Rachel, ensuite pour obtenir la bénédiction de son père et enfin pour gagner un statut reconnu. Il boîte au lever du jour après s’être mesuré à un être surnaturel et après avoir changé de nom, Jacob devenant Israël. Il représente l’universalité de la nation hébraïque et le sens de son nom semble déterminant.

    Yitsrael est celui qui assure la chaîne de la continuité dans la voie du divin. Yitsrael est celui qui continue l’œuvre divine de la création. Ainsi le choix du nom Israël qui a été fait, au détriment du mot Judée, a donné au nouvel Etat une signification à la fois plus large, plus universelle et plus dynamique.

    L’emblème choisi pour l’Etat est le signe le plus répandu de l’iconographie juive, le chandelier à sept branches ou ménorah. Une description minutieuse de ce chandelier en or, qui ornait la face sud du Sanctuaire de la Tente du Rendez-Vous et du Temple de Jérusalem, est donnée dans l’Exode. Il est manifeste que cet objet évoque un arbre, un amandier ou un palmier. En fait le modèle serait un arbuste du type sauge qui pousserait sur le mont du Temple à Jérusalem. Le mot ménorah évoquerait la lumière, mais aussi la chaleur. Prenant racine soit dans la Terre, soit dans le Ciel par ses branches, l’arbre-chandelier faciliterait une forme de communication entre le haut et le bas. Les qabalistes voyaient un Arbre de Vie dans ce symbole cosmique.

    D’autres images bibliques apparaissent dans les timbres-postes ou les pièces de monnaie de l’Etat d’Israël, tels que les emblèmes des douze tribus, des arbres ou des oiseaux. L’arbre est le symbole biblique le plus important et notamment la vigne dont les ceps portent dix-sept noms différents dans la Bible.

    L’image la plus importante du tourisme israélien est une grappe de raisin suspendue entre deux porteurs barbus. Il s’agit en fait d’une réminiscence biblique, les explorateurs expédiés par Moïse pour reconnaître la Terre promise et revenus avec une énorme grappe, provenant sans doute de la région de H’ébron. La vigne est un signe de beauté, de splendeur, de richesse et de fécondité.

    Mais je terminerai mon exposé sur un emblème d'actualité dans ce pays. Parmi les emblèmes des douze tribus, il y en a un qui ressort particulièrement car il orne certains édifices, le lion de Juda. Le lion est l'image d'une royauté rayonnante de lumière solaire, d'une force tranquille maîtrisée et disponible, d'une puissance pacifique, prête à bondir pour défendre ses lionceaux ou son territoire. Au temps du roi Salomon, dans son palais, des lions se dressaient de part et d'autre des sept marches de l'escalier menant au trône. Aujourd'hui deux lions protecteurs ornent les entrées de certains quartiers généraux de l'armée et çà et là sur un mur est sculpté un lion rugissant, prêt à mordre et à broyer.

    Les symboles qui s'imposent à un peuple ou à une nation sont liés étroitement à ce qu'on appelle l'inconscient collectif. Leur évolution ou leur modification ne peut être que le reflet du changement dans le temps de cet inconscient, et c'est un processus lent qu'on ne peut altérer artificiellement. L'Etat israélien a évolué rapidement depuis sa création et il est possible qu'aujourd'hui l'inconscient collectif ait échafaudé de nouveaux symboles qui sont en train d'émerger quelque part. On peut espérer qu'ils soient ancrés dans l'histoire biblique, essence du peuple juif.

     

    Albert SOUED - Janvier 1998

    Revu en août 1999 et novembre 2000