• Un Etat ou deux États ?

                                  

     

    Les lecteurs de Socialist Worker prônent la création d'un Etat qui regrouperait Juifs et Palestiniens. Leur position est incohérente. On ne peut pas à la fois prétendre que les Juifs ne seraient que les pratiquants d'une « religion », qu'ils occupent un territoire « étranger », que leur Etat est « raciste », « colonialiste » et fait le jeu de « l'impérialisme » et en même temps croire que les Juifs pourraient demain vivre sur le même territoire que les Palestiniens. Les lecteurs de Socialist Worker n'emploient même pas le terme d'Etat binational, ce qui est logique, puisqu'ils nient, du moins dans leurs lettres, qu'il existe un peuple juif et donc une nation juive.

    Si les Juifs d'Israël sont les « pieds noirs » de la Palestine, ou bien une simple bande de religieux fanatiques ou illuminés, alors il faut en tirer la conclusion : ils doivent retourner dans les métropoles « impérialistes » d'où ils sont partis, comme c'est arrivé aux centaines de milliers de Français qui vivaient en Algérie ou aux Portugais qui habitaient l'Angola, le Mozambique ou la Guinée-Bissau. Rappelons que ce fut le credo de l'OLP pendant des dizaines d'années (cf. les déclarations de Choukeiry qui voulait « jeter les Juifs à la mer »), que son timide changement de position n'est que très récent (1988), et que c'est toujours la position des organisations terroristes comme le Hamas et le Djihad islamique qui posent des bombes en Israël.

    Nos deux lecteurs le savent bien mais évitent soigneusement de poser le problème. Et pour rendre la situation encore plus inextricable, ils se réfugient derrière une résolution de l'ONU qui, si elle énonce un droit parfaitement juste, est inapplicable. On voit mal comment les 4 millions de Palestiniens de la Diaspora pourraient récupérer les terres et les maisons dont ils ont été expropriés ainsi que les emplois dont ils ont été privés. Où iraient les expropriateurs, c'est-à-dire les Israéliens ? Autant le versement d'une indemnisation semble raisonnable, autant le « droit au retour » est une aberration pour les Palestiniens - mais aussi pour les Juifs du monde entier.

    Les Juifs ont constitué un Etat en s'appuyant sur la force, comme tous les peuples qui ont cherché à avoir un territoire à eux. La légende sioniste veut qu'ils soient arrivés dans une région inhabitée mais aujourd'hui même une partie des historiens israéliens ont démonté ce grossier mensonge. Les compromis auxquels il faudra bien arriver un jour seront forcément douloureux et injustes pour les deux parties. C'est pourquoi j'avais écrit à Socialist Worker que les Israéliens « n'occupaient pas un pays étranger » et que la situation était « plus complexe » qu'une occupation coloniale classique d'un lointain territoire. Les frontières de l'Etat d'Israël sont par nature extensibles puisqu'au départ ni cet Etat ni l'Etat de Palestine n'avaient d'existence reconnue et par conséquent de frontières claires.

    Vu la situation actuelle, et l'idéologie nationaliste qui mobilise les deux peuples concernés, il semble impossible de concevoir que Palestiniens et Israéliens puissent vivre dans un même Etat. Il faudra donc bien deux États et non un seul.

     

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