Le sionisme: Un réve vieux de 2000 ans
L'État d'Israël, qui il y a quelques annees a feté son jubilé,
est la résultante d'une extraordinaire
aventure séculaire aussi
unique qu'improbable:le Sionisme.
Rarement un fait historique a été aussi étroitement lié à une idée,
jusqu'à se confondre avec elle.
Le mouvement sioniste a favorisé la renaissance nationale
d'un peuple d'exilés et de rescapés dans la lointaine patrie
de sa mémoire après deux mille ans de rêves fous,
d'espérances insensées et de malheurs extrêmes.
Le processus qui devait y aboutir semblait défier toute logique
et tenait plutôt d'une idée fixe prenant à contre-courant
ce qu'on savait de l'Histoire.
L'élan sioniste a pourtant produit la seule idéologie politique
à avoir survécu aux avaries du XXe siècle,
notamment aux deux expériences totalitaires
du fascisme et du marxisme-léninisme.
La seule aussi à avoir fait du nationalisme
un mouvement politique de masse dans le monde juif,
à avoir expérimenté un socialisme
sans terreur et même un communisme libertaire.
Sur ce point aussi, l'Histoire s'est chargée de démentir Léon Trotski qui,
présent au 6e Congrès Sioniste mondial de Bâle
en 1903, prévoyait un effondrement rapide du Sionisme.
Le secret de cette extraordinaire réussite
est peut-être précisément de n'avoir pas été totale,
de rester encore inachevée
et d'avoir été conçue par un intellectuel
aussi éloigné du judaïsme que pouvait l'être, en son temps,
le journaliste autrichien Theodor Herzl.
Pour de nombreux historiens, le terme "Sionisme"
est né il y a plus d'un siècle, un 1er avril plus précisément.
C'est en effet le 1er avril 1890 que Nathan Birnbaum
l'utilisa pour la première fois dans les colonnes
de son journal Selbstemanzipation-Autoémancipation.
Ironie du sort, celui qui forgea le terme de Sionisme
et qui fut l'un des premiers à proposer
la création de structures étatiques
juives en Palestine, rompit avec le mouvement fondé en 1896,
par Theodor Herzl et mit sa plume au service de l'Agoudat-Israël,
un parti ultra-religieux opposé au Sionisme
et favorable à l'autonomie nationale en Diaspora.
Théodore Herzl a-t-il été l'''inventeur'' du Sionisme politique?
Les avis sur cette question sont assez partagés.
En effet, nombreux sont ceux qui soutiennent que
le Sionisme n'est pas né avec Herzl, mais plutôt
avec le Patriarche Abraham
lorsque celui-ci quitta le pays d'Ur et eut,
dans le désert, le désir de se rendre au pays de Canaan.
En effet, ce désir d'Israæl existe depuis que
l'Histoire et la mythologie juives existent.
Il y a un rapport privilégié, un désir irrépressible d
e cette Terre qui se manifeste également
à travers l'errance du peuple hébreu dans un autre désert,
le Sinaï, ou sur les rives de Babylone.
Depuis les psaumes de l'exil de Babylone,
en passant par les poèmes de Judah Halévi -poète et philosophe célèbre,
né en Espagne à la fin du XIe siècle
et mort en Terre d'Israël en 1141,
jusqu'aux poèmes du grand poète national d'Israël, Haïm Bialik,
ce désir se retrouve dans la poésie,
la littérature et les traditions juives.
À côté de ce Sionisme de désir, il y a un Sionisme politique
mis en branle par deux Joseph.
Le premier Joseph, conseiller du Pharaon,
met à profit sa situation à la Cour d'Égypte
pour préparer le retour des Juifs en
Judée et la création d'un État juif.
Le second, Joseph Hanassi, duc de Naxos
et conseiller du Sultan ottoman,
fait de même pour organiser à partir de Constantinople
le retour en Judée et la reconstruction de Tibériade, en vue,
toujours, de la création d'un État juif. Le Sionisme ne serait
donc pas un mouvement national datant de la fin du XIXe siècle.
Le Sionisme, en tant que désir de la Terre d'Israël, date
d'il y a 3 000 ou 4 000 ans.
Le Sionisme, à travers des créations littéraires et poétiques,
c'est-à-dire une organisation consciente de la reconquête du
territoire, remonte à Joseph et ses frères,
c'est-à-dire à l'époque biblique.
Les détracteurs de l'État d'Israël continuent à arguer que le Sionisme
n'est qu'un pur produit de l'impérialisme occidental.
D'après eux, l'État d'Israël est le fruit
de la mauvaise conscience occidentale née de la Shoah.
Les Palestiniens seraient en train de payer pour Auschwitz
dont ils ne sont nullement responsables. Ces allégations fallacieuses
n'ont aucun fondement.
En effet, Israël aurait existé, tôt ou tard, avec ou sans Auschwitz.
Le mouvement Sioniste préétatique, qui a vu le jour bien avant
que ne se produise la tragédie de la Shoah, a légué à l'État
ses partis politiques, son mode de scrutin,
son énorme centrale syndicale, l
e noyau de son armée, ses conceptions en matière
d'aménagement du sol et ses fédérations de colonies de peuplement,
les thèmes de sa littérature et de ses chansons...
Il est inutile de comprendre Israël
sans saisir d'abord la dynamique du mouvement Sioniste,
qui a été la matrice du jeune État.
Le génocide hitlérien ne fit qu'accélérer le cours
d'une l'Histoire porteuse d'événements inéluctables.
Un demi-siècle après sa fondation,
Israël est devenu un État à la pointe de la modernité,
jusqu'en technologie nucléaire et spatiale.
Essayer de comprendre l'essor impressionnant
que ce petit pays, privé de ressources naturelles,
a connu au cours des cinq
dernières décades, c'est analyser un miracle.
En effet, que ce soit sur les plans social, économique,
éducatif, cuturel, scientifique et
de l'intégration de plusieurs centaines
de milliers de nouveaux immigrants,
les Israéliens ont réalisé des prouesses invraisemblables.
En 1948, les chances de survie d'Israël étaient minimes.
L'encre de la Déclaration d'indépendance
n'est pas encore sèche que cinq armées arabes,
suréquipées et très bien entraînées,
se lancent à l'assaut de l'État nouveau-né.
De sa première guerre, Israël sort humainement meurtri -quelque 6 000 morts,
soit environ 1% de la population juive de Palestine.
Cinquante ans après sa création,
rien n'a encore été définitivement résolu
en ce qui a trait à la question primordiale des
rapports entre Israël et le monde arabe.
S'il est vrai que deux pays arabes,
en l'occurrence l'Égypte et la Jordanie,
et l'instance représentative du peuple palestinien
ont signé des accords de paix avec Israël,
les peuples arabes dans leur grande majorité
continuent à dénigrer et délégitimer
violemment cet État qu'ils ont toujours perçu
comme un corps étranger incrusté
en plein coeur d'une Terre musulmane.
Le déphasage est énorme entre les positions conciliantes affichées
vis-à-vis d'Israël au cours des dernières années par quelques
gouvernements arabes modérés et l'attitude belliqueuse
adoptée contre les Israéliens et les Juifs
par les populations de ces
contrées musulmanes.
Aujourd'hui, quelque 140 nations entretiennent des relations
diplomatiques pleines et entières avec Israël.
Il y a à peine un demi-siècle, ce qui est aujourd'hui une réalité
n'était qu'un voeu chimérique.
Comme le constate l'écrivain israélien Amos Elon dans son essai
"Les Israéliens" -éditions Stock, 1972-, "nombre de Sionistes
étaient possédés du désir profond de fuir
non seulement l'antisémitisme, mais aussi l'injustice sociale,
l'argent, le capitalisme,
jusqu'aux entraves mêmes de la religion de leurs pères,
pour l'île déserte de leurs rêves où nul homme ne seraitle maître
d'un autre".
"Il ne suffit pas d'être fou pour être Sioniste, mais cela aide",
disaient ces valeureux défricheurs venus
"construire le pays pour être reconstruits par lui ".
Cela les aida tant et si bien que leur folie,
leur ardeur, leur volonté et ce qu'il faut bien appeler
l'air du temps finirent par susciter la création de cet État israélien,
patrie ressuscitée de la nation hébraïque dispersée
"aux quatre extrémités de la Terre".
Au cours des cinquante dernières années,
l'Histoire tumultueuse de l'État d'Israël a été jalonnée
de rêves, de réalisations titanesques, d'espoirs, de guerres,
de tragédies, d'échecs cuisants...
Néanmoins, la fondation de ce pays forgé par le labeur
des survivants des pires tragédies a été,
incontestablement, un des
événements les plus marquants de ce siècle.
Les bâtisseurs d'Israël parvinrent à concrétiser un rêve
que le peuple juif caressait depuis plusieurs millénaires.
Les Sionistes ont conféré ainsi toute sa force à un adage
cher à l'ingénieux Jules Verne:"
Tout ce qu'un homme a un jour rêvé, d'autres pourront le réaliser".